Bienvenue dans le monde haptique du rêve.
Alexandra Ferrarini crée des objets à mettre sur soi.
Inspirée de la culture japonaise, elle entremêle sa vue sur le monde et sa marque, ses « Pièces à Porter. »
L’histoire d’un vêtement à la fois expérimental et poétique qui combine artisanat et approche artistique.
L’histoire d’une seule ligne vestimentaire, qui, fondée sur une vision alternative, dépourvue de collections, extrinsèque aux déploiements en chaîne de magasins, se situe aux antipodes de la grande consommation tout en mettant l’accent sur la transparence dans le domaine de la production.

 

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Alexandra Ferrarini

Après des études de japonais et de design de mode, Alexandra Ferrarini fait ses armes au studio de Vanessa Bruno.
Elle se spécialise plus tard dans le stylisme maille, notamment pour Chanel.
Elle souhaite aujourd’hui partager sa vision de la mode artisanale au travers de sa ligne Pièce à Porter.

ーComment qualifieriez vous votre art ?

Je créé des vêtements et accessoires dans une démarche qui cherche à contourner le rapport au temps, propre à l’abyssal système de collections imposé par l’industrie de la mode. Inspirée par l’univers qui m’entoure, je compose ces pièces artisanales dans des matières surcyclées, sans pression temporelle et sans me faire le vassal des tendances.
Le but est de garder une approche expérimentale sans perdre de vue le confort et la qualité. Ces pièces sont uniques ou fabriquées en très petite quantité dans mon atelier, elles mêlent dans leur composition différentes époques et sont envisagées comme des poésies tactiles.

ーQu’est-ce-qui est le plus important pour vous permettre de créer et dans votre travail en général ?

La base de mon travail, comme je l’expliquais, réside dans la notion de la prise de temps.
J’ai fait le choix de prendre le temps de creuser mes directions créatives, d’aller au bout de mes intentions sans me soucier de boucler une collection à une date donnée. Le contre-temps est ce qui me permet d’avancer vers ce que je souhaite transmettre et il me permet d’exprimer, de partager ma vision d’une matérialité plus sensible et mieux respectée.
Je voudrais au fond que l’on puisse avoir un regard plus conscient sur ce qui nous habille, apporter une valeur au précieux plutôt qu’à la vulgaire abondance à laquelle nous sommes souvent aliénés.

ーQuelle sont vos sources d’inspiration ?

Mes sources d’inspirations sont diverses, elles sont le fruit de tout ce qui m’a rempli et continue de me remplir aujourd’hui.
A commencer par ma passion pour la culture japonaise qui imprègne énormément mes références mais aussi par la musique, le cinéma et une certaine vision de la femme que je cherche à révéler.

ーPourquoi est-ce que vous avez choisi ce moyen d’expression?

Il y a d’abord la transmission de ce métier par ma grand-mère mais au delà, c’est un moyen d’expression qui ouvre de nombreux champs : avant tout celui de la matière, le textile étant pour moi un puissant déclencheur créatif, mais aussi celui de la couleur, de la texture, de la lumière, du toucher et même du son.
Le vêtement a le pouvoir également de nous mettre à l’aise avec notre corps et d’exprimer notre personnalité, de nous effacer ou de nous affirmer.

 

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Alexandra le Japon

ーEst-ce que vous aimez le Japon?

Le Japon est une histoire d’amour que j’ai débuté très jeune et qui ne cesse de croître. Sa culture, son folklore, sa langue, sa littérature, son art, son cinéma, sa mythologie me nourrissent inlassablement.

ーEst-ce que vous avez des expériences ou des souvenirs particuliers sur le Japon? Pourriez-vous m’en raconter?

J’ai fait des études de japonais avant de bifurquer vers le design de mode et j’ai des souvenirs magiques de mon unique séjour dans ce pays.
Ce pays du paradoxe m’a littéralement subjuguée.
Mes meilleurs souvenirs furent sans doute de me sentir immergée dans le quotidien d’une jeune japonaise à Kobe, de me lever dans une maison traditionnelle chaque matin et de partager ce rythme de lycéenne que j’entrevoyais dans les manga et qui m’apparaissaient comme faisant partie du domaine du rêve.

ーEst-ce qu’il y a des artistes ou des œuvres d’art japonais qui vous intéressent ? Lesquels?

Je vais avoir du mal à en faire une liste exhaustive, mais je suis très sensible aux oeuvres littéraires de Tanizaki, ou Kawabata pour leur expression d’une beauté non-formelle, mais aussi de Yoshitomo Banana qui transmet le Réalisme magique de façon subtile et touchante.
Le cinéma japonais me fascine également, comme celui de Mizoguchi avec une vision bouleversante de la condition féminine ou de Shindō, à l’univers fantomatique et sensuel.
Dans l’art l’ukiyo-e reste un mouvement qui me passionne, tout autant que le Nō et le Kabuki, plus contemporain le photographe Shunji Okura me touche aussi énormément, avec des images où le temps est suspendu, où l’onirisme et le mystère se conjuguent.

ーComment voyez vous les artistes japonais et leurs œuvres?

Avoir une réelle vision d’ensemble me semble difficile, il y a dans la culture japonaise et à fortiori dans son art une singularité assumée, une beauté touchante car non formelle et un soucis de la maîtrise technique qui me semblent importants.
Cette capacité, également, de créer des mondes hybrides et flottants, de croiser les domaines qui sont presque opposés, dégage un mystère magnétique.

ーPensez-vous qu’il existe des différences entre l’art français et l’art japonais?

Oui je pense que l’approche, amenée par la culture de chaque pays, s’exprime de façon différente.
C’est aussi peut-être cette différence qui créé ce mystère que ressentent les français face à l’art japonais et inversement, qui provoque cette admiration partagée entre ces deux pays. Dans « L’éloge de l’ombre » de Junichiro Tanizaki, on en prend tout à fait conscience.

 

ーEst-ce que vous avez prévu d’exposer prochainement ou d’autres activités?

Je prépare une exposition en septembre dans la galerie Le22 à Nice et, avec Carine Micheli, la galeriste, nous en dévoilons progressivement la préparation de façon virtuelle et physique tout au long de l’été. (Le 22editions, 22 rue de Dijon, 06000 Nice)

Pièce à porter

(Texte : Ayami Ijima / Traduit du japonais : Wiktor Ziolkiewicz)

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